A Quoi Bon Être Écolo : Ma Remise En Question

Combien d’appels solennels à sauver la Terre, ses ressources et sa biodiversité ont-ils été lancés ? Combien d’études et de travaux les scientifiques ont-ils réalisés pour alerter à chaque fois un peu plus sur l’urgence à agir ? Combien de documentaires et de films avons-nous déjà regardé sur ce sujet ? Et les sommets internationaux, ceux de la première ou de la dernière chance : combien déjà ont-ils eu lieu, et combien encore à venir ?

Mon dernier voyage remonte il y a 6 ans, avant que le mot écologie ne fasse parti de mon vocabulaire. Aujourd’hui l’empreinte environnementale de ces vacances me donne le tournis. Faut il forcément se perdre à l’autre bout du monde pour se déconnecter de nos vies ? Faut il avoir mis le pied sur chaque continent pour prétendre avoir réussi sa vie ? 

Difficile de faire la leçon quand on a soi même beaucoup voyagé...

J’avoue que mon poil se hérisse quand j’entends des discours du type « J’achète vrac… je réduis ma consommation de viande… je baisse le chauffage de ma maison… et cet été nous partons en vacances à l’autre bout du monde ». On me répondra pour se justifier que « tous les efforts sont bon pour notre planète », « chacun fait ce qu’il peut », « il ne faut pas s’arrêter de vivre non plus », « l’avion partira quand même que je sois dedans ou non »…

Beaucoup ne se rendent pas compte de ce qui nous attend.

Pour moi diminuer ses vols aériens (ou sa consommation de viande, de vêtements etc) c’est bien, évidement je ne peux pas dire le contraire, mais tellement INSUFFISANT face au défi climatique. Le problème des gaz à effet de serre est une baignoire pratiquement remplie à ras bord. Même en réduisant l’arrivée d’eau (nos émissions) la baignoire finira quand même par déborder. Ce qu’il faut c’est stopper net et changer nos modes de vie en profondeur.

Avec le coronavirus l’activité économique du monde entier a été pratiquement mise à l’arrêt, 2 millions de personnes sont décédés, des dizaines de millions d’autres ont perdu leur emploi pour plonger dans des situations de précarité. Pourtant la baisse en émissions de gaz à effet de serre n’a été que de 5%, ce qui prouve que nous ne pourrons pas atteindre la neutralité carbone simplement en prenant moins souvent l’avion et en mangeant moins de viande.

Nous sommes TOUS pris dans le tourbillon du quotidien mais personne ne peut aujourd’hui prétendre ignorer la crise environnementale qui a DÉJÀ commencé, et dont le coronavirus n’est qu’un maigre préambule. Peut être qu’en ville le bouleversement écologique n’est pas encore palpable, hormis pour l’excentricité de la météo, mais ici dans ma campagne la biodiversité se dégrade rapidement. La rivière qui borde notre chez nous se vide de sa faune car les éclosions de mouches dont dépendent les poissons pour se nourrir se réduisent comme une peau de chagrin, entrainant ainsi l’effondrement de tout un écosystème.

Une création humaine dans toute sa splendeur.

Comme partout ailleurs les chasseurs continuent de braconner des espèces protégées et de s’en vanter, les agriculteurs continuent de tirer sur tout ce qui bouge, les bergers continuent de jouer les martyres dès qu’il s’agit de partager la montagne avec d’autres prédateurs, les maires / les chefs de gouvernements veulent bétonner et industrialiser à tout prix au détriment de la préservation de la nature… Ce combat incessant contre la nature me désole profondément.

Je désespère quand je vois la popularité inébranlable de Starbucks dont les gobelets sont toujours non recyclables malgré les milliards de profit enregistrés, les MacDo toujours plein à vendre leurs déchets alimentaires, le secteur de la mode qui pousse à la surconsommation, les gadgets qu’il faut sans cesse racheter contre un autre plus performant, plus connecté, plus esthétique, notre nourriture a été aspergée de pesticides en tout genre… C’est à vomir. Les multinationales saccagent notre planète avec notre bénédiction.

Faire le plus de profit, le plus vite possible, et tant pis pour l’avenir.

Je désespère parce que je réalise que mes efforts sont d’une insignifiance la plus totale. Que je sois écolo ou que je consomme à outrance ne changera strictement rien parce que je ne suis qu’une minuscule goute d’eau dans l’océan. Alors, à quoi bon ?

Je désespère d’entendre toujours les mêmes excuses bidons pour justifier un mode de vie polluant ou une absence de remise en question : « les enfants n’ont qu’une enfance »,  « le papa n’est pas d’accord », « retourner à l’âge de pierre non merci », « ce n’est pas moi qui vais faire avancer les choses »… 

Et ceux qui ne se sentent pas du tout concernés…

Je suis pourtant imparfaite dans mon cheminement écologique. J’adore les produits laitiers mais j’encourage donc directement des pratiques d’élevage intensif que je juge inacceptable. Le vrac me gonfle, parce que c’est cher et pas pratique, mais je me retrouve donc avec beaucoup de plastique dans la poubelle. J’aime acheter des plats tout prêts surgelés parce que je n’aime pas cuisiner. Je fais toutes mes courses au supermarché parce qu’avec deux enfants en bas âges je ne peux pas m’éparpiller pour aller à droite à gauche.

Je désespère parce que malgré les innombrables signaux d’alerte nous sommes toujours là à plaisanter sur le pont du Titanic, à promouvoir une croissance infinie sur une planète aux ressources finies. Les gouvernements nous promettent monts et merveilles pour dans le meilleur des cas publier des texte incitatifs, sans aucune mesure contraignante, reposant sur le bon vouloir de chacun.

Emmanuel Macron et ses discours vibrants qui n’aboutissent à rien, son très populaire « make the planet great again » réduit au seul but d’améliorer son image publique, les nouvelles instances créées (comme la convention citoyenne pour le climat) pour occuper l’espace médiatique et faire comme si le gouvernement se préoccupe de la crise environnementale… L’unique objectif de tout ça ? Gagner du temps… que nous n’avons plus.

Allez Manu rentre chez toi.

Parfois je suis découragée, parfois je suis en colère, contres les autres et contre les gouvernements, parfois au contraire je suis motivée à faire encore plus, à avancer encore plus à contre courant. 

Parce que si on veut avancer, il est important que d’abord chacun balaye devant sa porte au lieu de penser que c’est l’autre qui pollue. Il n’y aura plus de steak-frites, de vacances à Marrakech, de shopping compulsif entre copines, si notre maison s’effondre complétement.

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Désolée pour cet article ni drôle ni positif ! Quelle est ta prise de position face à la crise environnementale ? Que faudrait il faire selon toi pour améliorer la solution ? Je t’attends dans les commentaires pour en discuter.

6 commentaires sur “A Quoi Bon Être Écolo : Ma Remise En Question

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  1. Je suis très contente de te relire à nouveau !
    C’est le serpent qui se mord la queue cette histoire !
    Je pense que chacun d’entre nous pourrait faire un geste quotidien et ce geste fois 7 milliards peut contribuer un peu à ralentir le réchauffement climatique.
    Pour ma part, à la maison, on trie les déchets (même si une fois en déchetterie c’est une autre histoire !), on n’achète plus de bouteilles plastiques, j’utilise Vinted et le Bon Coin, j’utilise des appli pour consommer mieux ou au plus juste (Yuka, togoodtogo, jaw,… ).
    Mais je ne pourrais pas me passer de ma voiture que j’utilise pour aller au boulot (60 km AR), pour les courses,…. Vivre à la campagne c’est bien mais je suis loin de tout !!!

    C’est aussi une question d’éducation ! Mon cursus universitaire m’a sensibilisé au réchauffement climatique, la pollution,…. Et ça date cette histoire ! La révolution industrielle du 19e siècle n’a pas apporté que du bon…. Des progrès au détriment de l’environnement !
    Il faudrait que dès la maternelle, les gestes « ecolo » soient appris !

    Je trouves aussi que les ecolos mettent un peu la pression sans donner d’exemples concrets ! Les quelques mesures prises par certains maires écologistes de très grandes villes me laissent perplexes ! Interdire l’habitat individuel…. Je ne comprend pas l’idée ! Les gens polluent plus parce qu’ils ont une maison ? Vivre dans un immeuble est mieux pour la planète ?

    Bref, c’est une histoire sans fin, l’effet de serre est ce qui nous permet de vivre mais la pollution atmosphérique le dérègle, notre mode de vie est polluant et on est dépendant de ce mode vie,…..

    Être ecolo ou pas, je ne sais pas !!!

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  2. https://www.lhistoire.fr/classique/«%C2%A0la-peur-en-occident%C2%A0»-de-jean-delumeau
    Chère Dinde, comme je suis beaucoup plus âgée que vous, j’ai eu le plaisir ( le bonheur) de suivre les cours de Delumeau au Collège de France et à l’EPHE. Voir lien ci dessus. J’ai donc appris à prendre du recul vis-à-vis de tout mouvement social , idéologie , pensée politique etc… La peur des écologistes est une version récente d’une peur vieille comme le monde. Il ne s’agit pas de la trouver absurde mais surtout d’arriver à la vivre de manière moins stressante. Ecoutez aussi Bertrand Picard. Il existe une écologie moins culpabilisante, je dirais presque heureuse.

    Donnez moi des nouvelles des chèvres. Ce sont elles qui m’ont conduite à vous et j’aime bien votre humour même si je ne vis pas du tout les mêmes inquiétudes et embarras que vous. L’âge, certainement.
    Cordialement,
    Elsa garçon

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  3. Hello ! Je pense que beaucoup d’entre nous sont passé·es par ce sentiment de futilité dans les actions du quotidien… en ce qui me concerne, ma conclusion c’est qu’il faut dédramatiser un peu ces actions quotidiennes, qui pour la plupart ne changent pas grand chose (je ne dis pas évidemment s’en taper complètement non plus), et se pencher sur les pistes d’actions collectives qu’on a. Associations de lutte, syndicats, organisations politiques etc… ça fait du bien de sentir qu’on n’est pas seul·e et d’avoir des objectifs concrets, ensemble !

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  4. Même état de réflexion ici ! Petite anecdote concernant les épiceries vrac : une amie est gérante d’une épicerie vrac. Malheureusement ce phénomène d’essoufflement semble général. Les gens qui venaient la voir, retournent désormais au Leclerc* (plus pratique !). Et elle, elle qui milite, qui choisit ses produits en fonction de notre santé et de producteurs locaux (et non en fonction de ce qui se vend), elle va devoir prochainement fermer sa boutique, pour laisser de nouveau les supermarchés en maitre intouchable. Et ça me déprime grandement… Donc tant pis, moi jusqu’au bout, je penserai aussi SOCIAL, et je privilégierai autant que faire se peut les petites boutiques tenus par des gens tellement plus proches de moi que ces PDG de multinationales.. Quel triste monde !

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  5. Moi je suis globalement en grande colère contre les Gouvernements qui se foutent clairement de nous et ne se gênent pas pour nous culpabiliser, nous les méchants citoyens qui utilisons des méchantes voitures polluantes, alors que les grosses vraies décisions ne viennent pas (le grand remplacement des touillettes à café hein, ça c’est du gros projet! Et pendant ce temps les multinationales restent pénardes)… « Make the planet TA GUEULE MANU » voilà voilà.

    Sinon je poursuis autant que faire ce peut le vrac parce que dans mon coin c’est pas plus cher, mais je suis toujours omnivore… J’ai une voiture… Je créé des déchets (que je trie, certes, mais enfin j’en créé quand même quoi)… Parfois je mange des fruits et légumes pas français… Bref. Peut mieux faire. Mais peut pas sauver la planète à moi seule non plus.

    Mais déjà avec quelques actions, on est parfois tellement à contre-courant et vite taxés de « bobos hippies » (en plus du reste, le pied nu, l’allaitement, le dos-route et tout et tout) que ça en est fatigant et énergivore…

    Quel plaisir de retrouver ta plume, même si c’est dans la revendication et la colère !

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  6. Personnellement ce qui me gonfle le plus en ce moment ce sont ces « super solutions » trouvées par nos gouvernants pour sauver la planète : inciter les gens à rouler à l’électrique et foutre des éoliennes partout.
    Donc les voitures électriques ne polluent pas ? Tiens donc ! Mais quid de leurs batteries (fabrication et recyclage) ?
    Et les éoliennes ? Sur lesquelles s’empalent chaque jour des oiseaux ? Dont les gigantesques socles de béton artificialisent les sols ?
    Bref tout ça pour dire que ceux qui dirigent le monde n’en ont rien à secouer de l’environnement, tout ce qui les intéresse c’est le fric et le pouvoir, sinon ils se seraient attelés au problème depuis bien plus longtemps…

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