Comment J’Ai Failli Accoucher De Mon Deuxième Enfant Dans La Voiture

Voici le récit de la naissance de mon deuxième et dernier enfant, presque 4 ans après l’arrivée de la descendance parmi nous. Bonne lecture !

À 40SA + 1 je réalise après m’être fait pipi dessus deux fois d’affilé que ma poche des eaux s’est fissurée. Je n’avais pas du tout imaginé ce scénario et l’idée de devoir me rendre à la maternité et de mettre le pied dans l’engrenage des protocoles ne me plait pas du tout. Nous nous concertons avec l’Époux et nous nous donnons 48 heures pour que le travail se lance de lui même sachant que mon liquide est clair et que je suis négative au streptocoque B.

Après une nuit de sommeil un peu hachée je coule toujours par intermittence mais sans l’ombre d’une contraction. La journée suit son cours et je profite de mes derniers instants seule avec la descendance. J’essaye d’être présente et patiente même si je me sens déjà clairement dans un autre monde. Je pressens que le travail va se lancer ce soir mais je m’inquiète tout de même du peu de mouvements dans mon ventre.

Le soir les contractions se lancent à partir de 22 heures, toutes les 15/20 minutes mais d’emblée assez fortes. Impossible de me reposer, la douleur étant casi insupportable allongée ou assise mais en marchant et en soufflant c’est largement passable… du moins au début. Je m’isole dans une autre chambre, allume le radiateur, éteint les lumières et je fais les cents pas en gérant mes contractions avec des sons vibratoires jusqu’à 2 heures du matin. 

Je me sens prête à en découdre avec les contractions.

Vers 2 heures du matin les contractions étaient toutes les 5 minutes, certaines me dégommaient (si j’avais su ce que j’allais me prendre par la suite, ha ha ha) mais dans l’ensemble je gérais bien. Nous avions 1h30 de route et ainsi j’étais certaine que nous n’arriverions pas trop tôt. Nous partons donc et à seulement 200 mètres de la maison c’est l’horreur, je me mets à crier dans la voiture : les contractions assises me donnent l’impression de me dissoudre dans de l’acide. La seule solution est de s’arrêter à chaque contraction pour que je puisse marcher dehors, autrement c’est IMPOSSIBLE.

Le temps passe et je me rends compte qu’on ne va jamais y arriver à cette allure d’escargot, que mes contractions montent en puissance et reviennent de plus en plus rapidement.  L’Époux me demande de gérer quelques contractions dans la voiture, c’est terrible, je n’ai rien pour me soulager, je tape des pieds dans la portière, mon corps se tord dans tous les sens… Heureusement que la route est déserte car nous grillons tous les feux rouges. Je tente de concentrer sur de la musique, puis sur des mp3 d’autohypnose mais cela ne fonctionne absolument pas, voir même ça m’énerve, il n’y a que le silence apporté par mes boules quiès qui me fait du bien.

Il faut absolument qu’on avance…

Le tableau de bord indique désormais que mes contractions sont toutes les trois, puis toutes les deux minutes, puis moins, et à partir de là je perds pied. Je dis à l’Époux que je suis à bout, que nous n’arriverons jamais à la maternité, que la douleur est trop forte pour moi (coucou la phase de désespérance). Marcher et vocaliser dehors ne me soulage plus du tout et tout ce que je peux faire est rugir des aaaah lorsque la douleur me submerge.

Rapidement j’ai le sentiment que la naissance est imminente. J’ai un poids immensément lourd très bas dans le ventre, les contractions s’enchainent en casi continue, mes pensées ne sont plus du tout rationelles, je n’arrive plus vraiment à faire de phrases… j’enlève mon pantalon, je sais que la fin est proche, je pousse un peu instinctivement, sans attendre les poussées réflexes, et je comprends à mon ressenti que mon corps est prêt.

Nous sommes à quelques centaines de mètres de l’hôpital mais je n’arrive pas à poser mes fesses une seule seconde sur le siège auto. Je déambule dehors comme un zombie, dans le froid de la nuit, sous le regard complètement impuissant de l’Époux. J’en ai marre de ce trajet interminable et je ne peux et ne veux plus attendre ; j’ouvre alors le coffre pour m’installer sur notre matelas mais l’Époux me saisit et me met de force sur le siège passager avant de démarrer en trombe.

Nous arrivons aux urgences peu de temps après. Je me présente à l’accueil sans pantalon, sans chaussures, sans masque et avec des chaussettes dépareillées, le souffle court, tremblante. Quel spectacle. Une urgentiste très aimable me propose de m’assoir sur une chaise roulante pour me transporter car le service obstétrique est loin. Je crois mourir, comment ça LOIN ? Et hors de question de m’assoir !

Je rêve d’une dose massive de péridurale.

Après quelques contractions dans ce si long couloir, des râles, des gémissements, des « j’en peux plus » je suis accueillie par deux jeunes sages femmes très gentilles qui me demandent de m’allonger pour être auscultée et faire un monitoring. La blague. Je leur répond « mais le bébé est là !!! » mais elles n’ont pas l’air de me prendre au sérieux. Il faut quand même faire un toucher vaginal ; surprise la sage femme s’exclame « madame je ne trouve pas votre col, vous êtes à dilatation complète ! ». Je le savais déjà merci… Les sages femmes s’activent soudainement, il faut vite passer en salle de naissance, poser une perfusion, préparer le lit, appeler une puéricultrice…

Quand je m’installe ENFIN je demande si elles voient la tête, réponse « non le bébé n’est pas encore engagé », je demande si je peux pousser, réponse « non attendez on est pas encore prêtes ». Je pousse quand même, faut que j’en finisse, JE VEUX QU’IL SORTE, et la tête s’engage immédiatement. J’ai à peine le temps de reprendre mon souffle qu’une autre contraction m’emporte : je pousse et le bébé sort tel un boulet de canon en entier. Quelle sensation unique, ce gros caillou dur qui plonge, qui m’écarte et qui sort (je ne ressens pas le fameux cercle de feu, d’ailleurs la poussée n’a pas été douloureuse pour moi), les épaules et du reste du corps qui suit. 

La douleur s’arrête. Je revis.

Il est là, si calme, à m’observer de ses grands yeux. Après une magnifique petite fille la vie m’offre un petit garçon. Mon fils 😍. C’est incroyable. Je découvre avec émotion cette bouille chevelue comme sa soeur à la naissance, ses petits pieds qui ont tant tapés dans mon ventre, ses cuisses dodues (3,5 kilos pour 54cm, un beau format), son nez manifestement hérité de son papa, ses mains qui sont les copies des miennes.

La découverte du sexe de notre enfant fut une surprise qui en valait la peine.

Les sages femmes me félicitent chaudement pour cette poussée finale du feu de dieu (mon égo aime). Mon périnée est intact mais j’ai une déchirure en externe qui nécessite plusieurs points. La placenta sort 5 minutes plus tard et je saigne peu. Néanmoins j’ai bien du mal à atterrir et j’ai l’impression que je viens de passer sous un poids lourd.

L’Époux débarque en salle d’accouchement complètement incrédule, les yeux écarquillés : le temps de garer la voiture et de rassembler mes affaires son fils était déjà né. Il ne peux pas rester longtemps, juste le temps de le serrer dans ses bras et de décider de son prénom avec moi. La descendance est restée à l’accueil des urgences car l’urgentiste qui m’a reçu, absolument adorable, s’est proposée de la garder un peu pour que le papa puisse rencontrer son enfant. Ce soir là nous avons été chanceux, le service des urgences était vide et mon fils a été le seul bébé à naître de la nuit. 

La tête de l’Époux quand il découvre qu’il a eu un fils et que tout le monde va bien.

Pour moi le plus difficile dans cet accouchement n’a pas été la douleur ; c’est intense (le mot est faible) mais c’est à la mesure de ce que nous pouvons supporter. Même à dilatation complète je pouvais marcher (lentement et en me tenant au mur), comprendre et parler (par intermittence). La douleur allait et venait, incroyablement puissante, mais me laissait récupérer entre deux.

Le trajet jusqu’à l’hôpital qui n’en finissait pas a été bien plus compliqué à gérer. Il n’y avait aucune alternative que celle de continuer malgré tous les signes que mon corps m’envoyaient pour me dire qu’il fallait justement tout arrêter, chercher un nid et faire naître le bébé. Si l’Époux m’avait laissé m’allonger sur le matelas du coffre sans doute que notre fils y serait né. Je n’ai pas ressenti ce besoin irrépressible de pousser qu’on lit parfois dans les récits d’accouchement, puisqu’il était encore haut, mais je savais que nous étions prêts tous les deux pour la naissance.

Que se serait il passé si nous étions parti 15 minutes plus tard ?

De toute évidence nous sommes partis trop tard de chez nous mais comment avoir le bon timing face à l’imprévisibilité d’une naissance ? Je pensais qu’en quittant la maison et le cocon que je m’étais créé mes contractions allaient ralentir… Pas du tout !

Je suis heureuse d’avoir vécu un accouchement sans analgésique et d’en avoir ressenti chaque seconde. Je clôture ainsi la fin de mes grossesses sur un souvenir impérissable.

10 commentaires sur “Comment J’Ai Failli Accoucher De Mon Deuxième Enfant Dans La Voiture

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  1. J’avais trouvé !!!!!!!!!!!!
    Je suis trop forte ! Statistiquement, c’était pas bien difficile, 1 chance sur 2!
    Quelle aventure !
    Vers chez moi, tu verrais le nombre de bébés qui naissent à la maison (non voulu car il y a des naissances à la maison voulues !) ou dans la voiture ! Au moins une fois par mois !
    L’important c’est que tu es contente de ton aventure !
    Félicitations !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui bravo à toi 👏 !!
      Au final oui je suis ravie que l’accouchement se soit passé ainsi, j’ai pu tout ressentir du début à la fin, c’est sûr que c’était douloureux mais autrement j’aurais pris la péri et eu un accouchement standard où tu es passive. L’idée d’un accouchement non assisté a trotté dans ma tête à un moment mais il faut avoir beaucoup, beaucoup de détermination (ce que je n’ai pas 😂), et il faut prendre des risques aussi…

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  2. Eh bien quelle intensité ! J’y reconnais un peu mon 2e accouchement, seulement 15 minutes de voiture et heureusement car c’était insupportable !
    Quelle belle arrivée sur Terre pour Descendance Bis (quel sera donc son surnom ? hihi).

    Aimé par 1 personne

    1. Les sages femmes devraient prévenir que contractions et voiture ce n’est pas compatibles parce que la douleur est franchement infâme 😅… Pour l’instant pas de surnom, ça va être fiston jusqu’à que je trouve quelque chose, j’avoue que mon cerveau en ce moment c’est de la purée 😆.

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  3. Quelle épopée, bravo !!
    L’arrivée de mon fils s’est également faite en mode boulet de canon… sauf que lorsque je me suis réveillée en plein milieu de la nuit, c’était déjà l’heure de pousser (grosse panique !!). Résultat, c’est mon mari qui m’a aidé à accoucher à la maison (et notre fille de 2 ans et demi qui dormait dans la chambre à côté). La caserne des pompiers est à 5 minutes de chez nous, mais notre petit boulet de canon était déjà parmi nous à leur arrivée. Au-delà de la douleur, c’est quand même très chouette ce genre d’accouchement très instinctif, très spontanée.

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  4. J’avais lu tes billets depuis mon téléphone sur lequel je ne parviens plus à commenter les blog des copinautes alors me voici ! J’ai relu ton témoignage dans la foulée et je reste toujours impressionnée par votre gestion durant le trajet 0_0 Je ne sais pas comment vous avez pu vivre cela avec votre fille AVEC vous. J’aurais tellement angoissé et perdu patience.
    Félicitations encore pour ton fils ! Plein de bonheur pour la suite.

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